
À chaque effondrement des preuves le poète répond par une salve d'avenir.
René CHAR, in Habiter poétiquement le monde, Poesis, 2020
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À chaque effondrement des preuves le poète répond par une salve d'avenir.
René CHAR, in Habiter poétiquement le monde, Poesis, 2020

Les lichens
Je marchais parmi les bosses d'une terre écurée, les haleines secrètes, les plantes sans mémoire. La montagne se levait, flacon empli d'ombre qu'étreignait par instant le geste de la soif. Ma trace, mon existence se perdaient. Ton visage glissait à reculons devant moi. Ce n'était qu'une tache à la recherche d'une abeille qui la ferait fleur et la dirait vivante. Nous allions nous séparer. Tu demeurerais sur le plâteau des arômes et je pénétrerais dans le jardin du vide. Là, sous la sauvegarde des rochers, dans laplénitude du vent, je demanderais à la nuit véritable de disposer de mon sommeil pour accroître ton bonheur. Et tous les fruits t'appartiendraient.
René CHAR, Les matinaux, Gallimard, 1950

Il ne fait jamais nuit quand tu meurs,
Cerné de ténèbres qui crient,
Soleil aux deux pointes semblables.
Fauve d'amour, vérité dans l'épée,
Couple qui se poignarde unique parmi tous.
René CHAR, La parole en archipel, Gallimard, 1962

Il semble que l'on naît toujours à mi-chemin du commencement et de la fin du monde. Nous grandissons en révolte ouverte presqu'aussi furieusement contre ce qui nous entraîne que contre ce qui nous retient.
René CHAR, Les matinaux, Gallimard, 1950

N'ayant pas de tombeau et se voulant en vie, n'ayant rien à donner et moins à recevoir, les objets le suivant, les bêtes lui mentant, il vola la famine et s'en fit une assiette qui devint son miroir et sa propre déroute.
René CHAR, Les matinaux, Gallimard, 1950

Je voudrais que mon chagrin si vieux soit comme le gravier dans la rivière : tout au fond. Mes courants n'en auraient pas souci.
René CHAR, Le nu perdu, Gallimard, 1978

Les femmes sont amoureuses et les hommes sont solitaires. Ils se volent mutuellement la solitude et l'amour.
René CHAR, Le nu perdu, Gallimard, 1978

Mets-toi à la place des dieux et regarde-toi. Une seule fois en naissant échangé, corps sarclé où l'usure échoue, tu es plus invisible qu'eux. Et tu te répètes moins.
La terre a des mains, la lune n'en a pas. La terre est meurtrière, la lune désolée.
René CHAR, Le nu perdu, Gallimard, 1978