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L'ORGUEIL selon Olivier ROLIN

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Les années qui avaient passé, filant vers la fin du millénaire, entre notre adolescence et notre âge d'homme, étaient aussi celles où non seulement les vertus anciennes de probité, d'honneur, de fermeté d'âme avaient cessé d'être respectées, mais où les mots eux-mêmes qui les désignaient avaient perdu toute signification vivante, où le fil s'était rompu qui liait, à travers l'histoire, le présent aux âges antiques, la profondeur lisible, intelligible du temps ayant été effacée par le moutonnement d'une actualité informe et redondante. Je comprenais que ce qu'on detestait dans l'orgueil, c'était qu'il affirmât la singularité, voire l'élection, de celui qui le revendiquait, et n'éludât point les risques et les devoirs auxquels il engageait - au lieu que la vanité, sa forme contemporaine et dégénérée, n'obligeait à rien qu'à une surenchère de fanfaronades. L'orgueil était tenu désormais pour une maladie, et aussi démodée, dans les classes dirigeantes d'Europe, que la syphilis ou la tuberculose.

 

Olivier ROLIN, Port-Soudan, Seuil, 1994

 

 

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